Cinquante ans marquent la présence des Jamésiens et Jamésiennes, sur le territoire de la Baie-James, dans la région Nord-du-Québec. Depuis 1987, le Québec est formé de 17 régions administratives, dont la région Nord-du-Québec, qui représente la plus vaste des régions québécoise avec environ 55% du territoire québécois (839 000 km2). Toutefois, il ressort que le découpage territorial diffère administrativement lorsqu'il s'agit du réseau de la santé et des services sociaux.

Ainsi, la région administrative du Nord-du-Québec englobe, au plan sociosanitaire, les régions suivantes : Nord-du-Québec (10), Nunavik (17) et Terres-cries-de-la-Baie-James (18). Quant à elle, la région sociosanitaire du Nord-du-Québec regroupe les municipalités suivantes : Chapais, Chibougamau, Lebel-sur-Quévillon, Matagami et Baie-James. Conformément à la politique de développement de la région, l es habitants de ces municipalités sont connus sous l'appellation "Jamésiens". En effet, la politique de développement du Nord-du-Québec, en 2001, a mis en évidence ce dernier groupe venu habiter le territoire "Trois groupes de citoyens habitent la région administrative du Nord-du-Québec ; les Jamésiens, les Cris et les Inuits".

En 2007, la population jamésienne s'estime à 16 437 habitants, soit 0,2% de la population québécoise. On y retrouve une proportion plus importante de jeunes qu'au Québec (21,5% et 17,5% respectivement chez les 0-14 ans) et les personnes âgées sont, toutes proportions gardées, deux fois moins nombreuses qu'au Québec (5,6% comparé à 13,3%). La jeunesse de la population jamésienne et un ratio plus élevé d'hommes (110) que de femmes (100) représentent les principales caractéristiques démographiques susceptibles d'expliquer certains écarts au plan de la santé et du bien-être de la population lorsque comparé au Québec. Par exemple, la perception de l'état de santé par les Jamésiens tend à s'accroître et elle se compare avantageusement à celle des Québécois (61,9% et 56,9% respectivement).

Vraisemblablement, la région est fortement préoccupée par le manque de perspective économique qui n'est pas étranger au déclin démographique qui sévit dans chacune des communautés. En fait, la venue des Jamésiens dans le Nord-du-Québec a coïncidé avec le développement de l'activité économique reliée principalement au secteur primaire, soit l'agriculture dans le secteur sud-ouest de la région, suivi de près par l'extraction du minerai et la récolte forestière pour la plupart des municipalités, et enfin par la mise en chantier du plus grand complexe hydroélectrique, La Grande. La possibilité d'obtenir des emplois bien rémunérés a amené nombre de gens des régions limitrophes à installer leurs pénates au nord. Depuis ce temps, il en résulte une population moins scolarisée mais active économiquement et présentant des revenus plus élevés qu'au Québec. Enfin, la population apparaît plutôt francophone et ayant peu d'origine ethnique diverses. On y retrouve en forte majorité des couples ayant plus d'enfants qu'au Québec et, par conséquent, moins de personnes vivant seules.

Malgré un bilan régional qui paraît plutôt favorable par rapport à celui de l'ensemble du Québec, l'analyse de ces caractéristiques sur plusieurs années montre des tendances un peu moins positives. On projette qu'entre 2005 et 2015, seul les aînés connaîtront un accroissement de leur proportion et particulièrement les plus âgés (75 ans ou plus). Ce phénomène en émergence, en raison de la création récente des municipalités jamésiennes, supposera une nouvelle philosophie d'intervention et d'action dans le milieu.

Le vieillissement de la population s'observe aussi par une baisse de la natalité, une hausse du taux de mortalité et un exode croissant. Malgré tout, le sentiment d'appartenance à la communauté est fort (73,9%, alors qu'au Québec il est de 58,2%) et les Jamésiens se disent beaucoup plus impliqués dans leur milieu (39,2% sont membre d'un organisme sans but lucratif; 26,5% au Québec).

Aussi, pour la première fois en 2001, le taux de chômage est plus élevé chez les Jamésiens (13,1%) que chez les Québécois (8,2%). Cette hausse du taux de chômage est notamment attribuable à la situation économique des hommes de la région, alors que les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail. Bien que les données sur les types d'industrie ne soient pas comparables avec les recensements antérieurs en raison d'une nouvelle classification utilisée, ce sont 15,9% des emplois de la population active totale des 15 ans ou plus qui se retrouvent dans le secteur primaire, alors que pour le Québec cette proportion n'est que de 3,2%. Cette comparaison place la région comme une région-ressource toujours importante. Quant à lui, le secteur de la fabrication regroupe 20,7% des emplois en 2001, ce qui en fait le secteur le plus important de la région. On y trouve notamment les scieries et les usines de pâte à papier. Enfin, force est de constater la place dominante des emplois dans le secteur des services chez les Jamésiens, comparativement au secteur primaire. Les recensements ultérieurs nous permettront de vérifier si l'on assiste à une tertiarisation des emplois dans la région, possiblement liée à la place accrue des femmes sur le marché du travail dans le secteur des services, en compensation des pertes d'emplois massives dans les emplois traditionnellement occupés par les hommes.

Enfin, la population des 20 ans ou plus tend à être de plus en plus scolarisée. Toutefois, la proportion de personnes ayant fait des études universitaires (10,6%) est loin de rejoindre celle du Québec (20,3%). Comme le veut la tendance, bien que le niveau de scolarité des Jamésiens est inférieur à celui de l'ensemble du Québec, le revenu total médian des personnes âgées de 15 ans ou plus est de 24 025 $, ce qui le situe au-dessus de celui enregistré pour le Québec (20 665 $). Historiquement, la région offre des emplois demandant peu de scolarité et offrant des salaires relativement élevés. Dans la région, l'adéquation entre faible scolarité et faible revenu n'est pas aussi claire et n'a peut-être pas le même impact sur les conditions de vie.

En somme, la géographie, l'histoire de la région et les événements démographiques questionnent l'état de santé même des collectivités. Comment, dans une région qui décline, assurer un renouvellement des générations, une offre adéquate de service et une qualité de vie intéressante? Le développement social devient alors une condition de succès de l'amélioration de la santé et du bien-être de la population.

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